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La Traviata au Palais Garnier : on like !

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Verdi – La Traviata
Paris, Palais Garnier, 12 septembre 2019

Photo : Charles Duprat / ONP

« L’opéra de Verdi revient au Palais Garnier avec une Violetta du 21e siècle » nous indique l’Opéra de Paris sur les réseaux sociaux. Pourquoi pas ? Contre toute attente, pari réussi ce soir pour Simon Stone qui nous plonge dans le monde d’une jeune fille branchée, fêtarde et atteinte d’un cancer. Avec un dispositif tournant, orné de vidéos, le metteur en scène fait mouche avec cette transposition du chef d’oeuvre de Verdi à l’heure d’Instagram, de WhatsApp et des espaces de coworking.

Le dispositif fonctionne tout particulièrement au 1er acte (ébouriffant), puis tourne un peu à vide en 2e partie, où l’on redoute le pire, avec l’arrivée inopportune d’une vache et une fête où la vulgarité commence à pointer le bout de son nez. Il faudra attendre le 3e acte pour que l’on adhère définitivement. Violetta, proche de la mort, voit alors défiler les photos (et les likes qui vont avec) de son bonheur passé, et c’est bouleversant.

Un petit bémol tout de même pour cette mise en scène : la surabondance de détails (ces textos qui défilent) ou d’effets (néons, changements incessants de décor) a parfois tendance à prendre le dessus sur la musique, au détriment de l’émotion.

Distribution au sommet

Pour ses débuts dans le rôle écrasant de Violetta, Pretty Yende est épatante. La fraicheur, l’éclat et l’agilité de la soprano font merveille et l’actrice joue à fond le jeu de la mise en scène, telle une Beyoncé du lyrique. Elle triomphe des difficultés du 2e acte, réussissant à négocier les passages les plus lourds du rôle.

En Germont père et fils, l’Opéra de Paris peut s’enorgueillir d’avoir réuni les deux meilleurs titulaires actuels des rôles. Benjamin Bernheim, enfin récompensé par des succès dans les plus grands théâtres lyriques, apparaît ce soir comme une évidence. Le timbre est somptueux, la ligne magnifique et la projection royale. On retrouvera avec joie le ténor français en 2020, cette fois à l’Opéra Bastille, dans une nouvelle production de Manon de Massenet, toujours aux côtés de Pretty Yende.

Enfin, que peut-on ajouter que nous n’ayons déjà écrit sur Ludovic Tézier ? Il est, dans Verdi, le plus grand. Cette puissance, ce phrasé, ce souffle, ce subtil équilibre entre retenue et autorité … c’est une fois de plus à tomber à la renverse. Et quel bonheur de l’entendre dans la cabalette de « Di Provenza il mar », enfin rétablie ce soir.

La direction de Michele Mariotti, dynamique et inventive, est pour beaucoup dans cette réussite d’ensemble. D’une part, il ose des nuances et des effets (le Brindisi du 1er acte, le duo Germont/Violettau du 2e acte) qui nous permettent d’avoir un regard nouveau sur l’oeuvre. D’autre part, il est un formidable soutien pour les chanteurs, permettant notamment à Pretty Yende de briller dans un rôle a priori trop lourd pour elle. Une fois encore, le chef italien obtient le meilleur de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Seconds rôles et chœur sont enfin tous excellents.

Cinq ans après l’impeccable mise en scène de Benoit Jacquot, donnée à près de cinquante reprises depuis 2014, cette nouvelle production du chef d’oeuvre de Verdi est donc à voir. Et ce d’autant que l’écrin du Palais Garnier, qui permet aux chanteurs de chanter tout en nuance, est décidément beaucoup plus adapté à ce répertoire que l’Opéra Bastille.

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