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René Jacobs magnifie « Il Primo Omicidio » au Palais Garnier

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Alessandro Scarlatti – Il Primo Omicidio overo Cain
Paris, Palais Garnier, 24 janvier 2019

Double événement pour cette représentation au Palais Garnier. Elle marque d’une part le grand début – il était temps ! – de René Jacobs à l’Opéra national de Paris, si l’on excepte un Giulio Cesare donné en version de concert en 1992. Elle permet, d’autre part, la résurrection d’un chef d’oeuvre absolu du baroque italien. L’oratorio Il Primo Omicidio fut composé en 1707, et probablement créé à Venise, par le fécond Alessandro Scarlatti, auteur de plusieurs dizaines d’opéras. On ne remerciera jamais assez Stéphane Lissner pour cette invitation et pour cette belle prise de risque. 

Mise en scène envoutante de Romeo Castellucci

Pour l’occasion, l’ONP a mis les petits plats dans les grands, et a invité le turbulent Romeo Castellucci, capable du meilleur comme du pire. Le metteur en scène semble avoir été profondément inspiré par cet oratorio, et surtout, avoir travaillé en parfaite harmonie avec René Jacobs, chef on ne peut plus exigeant et garant du strict respect de la partition.

Pour illustrer le mythe fondateur du meurtre d’Abel par son frère Caïn, Castellucci propose une mise en scène envoutante, sensible et toujours respectueuse de l’oeuvre. En première partie, les personnages occupent le devant de la scène, et évoluent avec une gestuelle stylisée dans un univers abstrait, superbement éclairé. En seconde partie, le changement est radical avec un décor qui évoque l’humain perdu dans la solitude et l’immensité de la création, et où chaque protagoniste se voit « doublé » d’un acteur enfant, mimant et chantant en playback les paroles des chanteurs qui se trouvent en fosse ou sur un balcon.

Sublime exécution musicale, emmenée par René Jacobs

René Jacobs a enregistré Il Primo Omicidio en 1997 pour Harmonia Mundi, et nul doute que l’oeuvre n’a aucun secret pour lui. Ce soir, le chef enrichit l’orchestration apparemment sommaire de l’oeuvre (orchestre à cordes et continuo) en un véritable tourbillon sonore, ajoutant hautbois, flûtes, ainsi qu’un continuo luxuriant, où clavecins, luths, guitare baroque et harpe font tourner la tête. Comme d’habitude, le chef gantois, inventif comme jamais, réussit à passionner de bout en bout, maintenant constamment la tension dramatique, et amenant instrumentistes et chanteurs à donner le meilleur d’eux-mêmes. Les jeunes musiciens de B’Rock, ensemble baroque belge qui travaille maintenant régulièrement avec le chef, sont époustouflants de précision et d’engagement. 

La distribution, réunissant des fidèles de Jacobs, est étincelante. Dans le rôle de Caïn, la merveilleuse et trop rare Kristina Hammarström fait valoir un somptueux timbre de contralto et une beauté vocale presque instrumentale. Son frère Abel est incarné par la mezzo Olivia Vermeulen, dont le timbre juvénile – cette dernière a récemment incarné Cherubino pour Jacobs – fait merveille et offre  un parfait contraste. Dans les rôles d’Adam et Ève, Thomas Walker (précis, tendre et avec un timbre magnifique qui n’est pas sans rappeler celui d’Anthony Rolfe Johnson) et Brigitte Christensen (qui rend parfaitement la douleur du personnage) sont impeccables, tout comme le contre-ténor Benno Schachtner (la Voix de Dieu) et Robert Gleadow (la Voix de Lucifer).

Ce spectacle est donné pendant près d’un mois au Palais Garnier, alors ruez-vous sur les dernières places restantes !

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