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René Jacobs fait renaître Leonore de Beethoven, dans un disque miraculeux

René Jacobs fait renaître Leonore de Beethoven, dans un disque miraculeux

Beethoven – Leonore
Marlis Petersen (Leonore), Maximilian Schmitt (Florestan), Dimitry Ivashchenko (Rocco), Robin Johannsen (Marzelline), Johannes Weisser (Don Pizarro), Tareq Nazmi (Don Fernando), Johannes Chum (Jaquino) – Zürcher Sing-Akademie, Freiburger Barockorchester – René Jacobs (direction)
2 CD / Harmonia Mundi / Sortie le 29 novembre 2019

Avec cette nouvelle parution, le label Harmonia Mundi ouvre de façon éclatante, avec quelques semaines d’avance, les festivités 2020 qui marqueront le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven.

S’il y a bien une oeuvre du répertoire lyrique qu’il fallait dépoussiérer, c’est celle-ci ! En effet, composé en 1804, soit seulement quinze ans après la Flûte enchantée de Mozart, l’unique opéra de Beethoven, a connu une inexplicable dérive interprétative. Constamment dirigé tel un opéra de Wagner et vocalement distribué de façon incohérente (soprano/ténor dramatique pour Leonore et Florestan) les exigences des rôles, Fidelio (nom donné à la nouvelle version de l’œuvre en 2014), n’avait pas jusqu’à ce jour livré toutes ses splendeurs. En 1997, le chef John Eliot Gardiner avait enregistré une première version de Leonore (version initiale de l’opéra) sur instruments d’époque.

Avec cette nouvelle version, René Jacobs va beaucoup plus loin. Comme il s’en explique dans un article du livret du CD, le chef gantois a choisi la version originale de l’opéra de Beethoven. Cette version permet de retrouver des pépites, comme ce duo entre Leonore et Marzelline au 2e acte, avec violon et violoncelle soli (merveilleux Anne Katherina Schreiber et Guido Larisch). La direction de René Jacobs est stupéfiante de bout en bout, et met en lumière une oeuvre à multiples facettes. À un premier acte très singspiel, succède un mélodrame au 2e acte (symbolisé par la grande scène de Leonore, ici rendue dans sa version intégrale), puis enfin un 3e acte « tragique » (pour reprendre les mots de René Jacobs), qui marque l’arrivée de Florestan dans l’opéra. Comme à son habitude, René Jacobs met en valeur les contrastes, maintient l’attention, souligne le moindre détail.

Marlis Petersen et le Freiburger Barockorchester au sommet de leur art

Dans le rôle-titre, Marlis Petersen, plus Pamina que Brünnhilde (et c’est tant mieux), rayonne de tous côtés. Splendeur du timbre vocal, musicalité du phrasé, rayonnement des aigus, justesse de l’incarnation : jusque dans le moindre dialogue parlé, la soprano allemande éblouit. Dans sa grande scène du 2e acte (« Ach, brich noch nicht, du mattes Herz »), elle est époustouflante d’investissement et de virtuosité. Marlis Petersen chantera à nouveau le rôle en 2020, cette fois avec le Berliner Philharmoniker dirigé par Kirill Petrenko.

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Le Freiburger Barockochester est également pour beaucoup dans la réussite de ce disque. Dès l’Ouverture (ici « Leonore II »), l’ensemble délivre un véritable festival de virtuosité (les cordes !) et de beauté orchestrale. A-t-on entendu Beethoven sonner de façon si belle depuis des années ? Le choeur Zürcher Sing-Akademie, est quant à lui parfait de cohésion vocale.

Tous les autres chanteurs contribuent à la réussite du disque. Le ténor Maximilian Schmitt dresse un portrait émouvant de Florestan. Pétillante, Robin Johannsen est la plus irrésistible des Marzelline. Dimitri Ivashchenko (Rocco), Johannes Weisser (Don Pizarro), Tareq Nazmi (Don Fernando) et Johannes Chum (Jaquino) complètent avec bonheur la distribution.

Ne cherchez plus, voici le meilleur disque de l’année 2019, et d’ores-et-déjà un classique de la discographie de Beethoven ! On attend de pied ferme l’enregistrement de la Missa Solemnis par René Jacobs, dont la parution est prévue pour l’automne 2020, toujours chez Harmonia Mundi.

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