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Les Indes galantes mettent le feu à l’Opéra Bastille

Les Indes galantes mettent le feu à l’Opéra Bastille

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Rameau – Les Indes galantes
Paris, Opéra Bastille, 27 septembre 2019

Photos : Little Shao / ONP

Quelle soirée ! Qui aurait pu imaginer un seul instant qu’un opéra de Rameau de près de quatre heures puisse embraser à ce point un théâtre lyrique ? Pour cette première, ce sont en effet des vivats à n’en plus finir qui ont accueilli la formidable équipe de cette production. En faisant entrer le baroque dans l’immense vaisseau de l’Opéra Bastille, Stéphane Lissner a donc réussi son pari. Convoquant à la fois la fine fleur du chant français, le monde du baroque spécialisé et la danse contemporaine, ces Indes galantes, d’une énergie sidérante, feront date.

Comment mettre en scène en 2019 une oeuvre qui est une véritable ode à la galanterie, un hymne à la gloire de la France – et de sa monarchie – phare de civilisation face à des peuples vus à l’époque comme des bons sauvages ? Clément Cogitore, sans l’occulter totalement, n’a pas voulu réduire sa mise en scène à cette unique dimension. Il transpose ainsi les Indes Galantes dans un milieu urbain, où différentes atmosphères sont convoquées pour chacune des entrées de l’opéra. En transposant l’action, en la rendant actuelle, le metteur en scène illustre au final de la plus brillante des façons l’intitulé même du chef d’oeuvre de Rameau : le « ballet héroïque ».

Fusion réussie de la musique baroque et de la danse urbaine

Les fabuleux danseurs de la Compagnie Rualité sont ce soir portés en triomphe. Le défi était pourtant de taille : combien de tentatives d’actualisation d’oeuvres baroques ne sont se pas soldées par des chorégraphiques au final ringardes voire franchement navrantes ? Ici rien de tout cela, la fusion entre la danse urbaine et la musique baroque est totale et naturelle. Elle tient sans doute beaucoup à l’énorme travail réalisé les artistes, mais peut-être également à l’implication de tous. Ce soir, chacun chante, danse ou joue comme si sa vie en dépendait. Chorégraphiés par Bintou Dembele, les passages dansés, toujours impeccablement en accord avec la musique, sont le moteur de cette soirée. Nous ne sommes pas prêt d’oublier cette Danse des sauvages avec danseurs de Krump, d’une incroyable intensité.

Le chef Leonardo García Alarcón, dirige superbement son ensemble Cappella Mediterranea, faisant montre de raffinement dans les ariettes, de punch dans les danses et de puissance dans les moments les plus héroïques. Le Choeur de chambre de Namur est quant à lui impeccable de précision et de clarté.

Triomphe du chant français

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Quel bonheur enfin de voir ce soir incarnée l’insolente santé du chant en France, avec une distribution où tout le monde brille. Tous maîtrisent le chant baroque, sa déclamation, son style, son ornementation. En outre, cette équipe de choc, tout comme le choeur, s’est complètement insérée dans le projet d’ensemble, prenant ainsi part à certaines chorégraphies.

Sabine Devieilhe impressionne par l’insolence de sa virtuosité (incroyable « Régnez, plaisirs et jeux » final), par ses aigus perlés et par la délicatesse de ses phrasés, alors que Jodie Devos est la plus piquante des Zaïre et incarne un brillant Amour. En Émilie et Fatime, Julie Fuchs ravit une fois de plus par son naturel, sa virtuosité et l’évidence de son chant. Les ténors Mathias Vidal et Stanislas de Barbeyrac se partagent, chacun avec leur style, les rôles créés par le haute-contre Jelyotte : le premier ensorcelant dans l’ornementation et le style baroque, le second avec une projection royale et un timbre somptueux. Habitué de Rameau, Edwin Crossley-Mercer est parfait de bout en bout, gratifiant même le public d’un pas de break dance aux saluts ! Florian Sempey est quant à lui irrésistible, et parfaitement à l’aise dans la tessiture tendue du rôle d’Adario. Alexandre Duhamel est enfin époustouflant, de présence, de vérité dans l’incarnation.

Avec cette production, et après Les Puritains et La Traviata, l’Opéra de Paris présente un début de saison 2019/2020 réellement impressionnant !

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