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Un Comte Ory scéniquement ébouriffant et musicalement splendide à l’Opéra Comique

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Rossini – Le Comte Ory
Paris, Opéra Comique, 19 décembre 2017

Photos : Vincent Pontet / Opéra Comique.

Quel bonheur, quelle joie !  Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à un spectacle parfait à tous les niveaux, qui déclenche la bonne humeur immédiate du public et réjouit le plus exigeant des connaisseurs. Sur le papier, l’affiche était des plus alléchantes. Quoi de plus normal que de donner Salle Favart, aux dimensions parfaites, ce Comte Ory, créé à Paris (Opéra Le Peletier) en 1828, et fruit de la collaboration de Rossini et Scribe ? Quoi de plus normal que de mettre entre les mains de la fine fleur du jeune chant français, cette extravagante histoire médiévale où les chevaliers séduisent les nonnes, et dans laquelle musique et texte rivalisent de panache et de virtuosité ?

Mise en scène irrésistible de Denis Podalydès

Il fallait pourtant transformer ces promesses en réalité, en évitant notamment se sombrer dans la vulgarité (comme cela est parfois le cas pour cette oeuvre), ou de dériver vers concept lourdingue (le Comte Ory sur la lune ?). Précise, subtile, drôle, la mise en scène de Denis Podalydès est un pur délice et évite tous ses écueils. Mieux encore, elle donne une dimension inattendue à l’oeuvre, avec moments de pure poésie (le début de l’air de la Comtesse au 1er acte), ou presque érotiques (le sublime trio Ory/Comtesse/Isolier du 2e acte).

Avec des décors sobres et efficaces (Eric Ruf), de magnifiques costumes (Christian Lacroix), la mise en scène de Podalydès s’intéresse de plus près à la psychologie des personnages. Comme le metteur en scène l’écrit dans le programme de salle : « Il me semblait intéressant de créer la fantaisie sur un fond sérieux et même sacré. » Pour autant, le rire est omniprésent – soulignons ici une impeccable direction d’acteur -, et l’on n’est pas prêt d’oublier, par exemple, ce final tonitruant du 1er acte, à vous mettre de bonne humeur pour plusieurs mois !

Magnifique distribution, Julie Fuchs au sommet

La distribution réunie ce soir, entièrement francophone donc, séduit au-delà des espérances. En préalable, il faut adresser un bravo d’ensemble aux chanteurs pour l’extrême attention portée au texte – intelligibilité, voire même virtuosité comme dans l’air de Raimbau « Dans ce lieu solitaire » au 2e acte – et pour la cohésion d’ensemble : les ensembles sont ainsi impeccablement rendus, même à des tempi très rapides, et on sait à quel point ces derniers peuvent être casse-gueule dans les opéras de Rossini.

Dans le très exigeant rôle du Comte Ory, Philippe Talbot, que l’on avait tant apprécié dans le rôle-titre de Platée, est superbe de virtuosité, d’aisance dans l’aigu et de bagou. Il ne faut pas oublier qu’Ory fut créé par le grand ténor Adolphe Nourrit, et c’est l’un des rôles les plus aigus jamais écrits pour un ténor par Rossini (cinq contre ut-dièse, un contre-ré … et des dizaines de contre-ut !). Chapeau bas donc à Philippe Talbot pour cette performance … justement car on ne sent jamais le désir d’aligner les notes aiguës, mais plutôt d’incarner un personnage dans son ensemble.

Des plus grandes cantatrices qui ont incarné la Comtesse aux cours des années récentes, Julie Fuchs réunit toutes les qualités : la précision dans la vocalise et l’exubérance de Cecilia Bartoli, le panache dans l’aigu et le brillant de la voix de Diana Damrau, et enfin la douceur et la délicatesse d’Annick Massis. La soprano française les surclasse pourtant toutes les trois, avec une grâce, un abattage et un naturel qui n’appartiennent qu’à elle. Julie Fuchs s’intègre parfaitement dans le portrait ambivalent de la Comtesse que propose Podalydès, tout à tour piquante et drôle, puis mélancolique et triste. Du très grand art, accueilli aux saluts par un énorme triomphe … comment pourrait-il en être autrement ?

Le reste de l’équipe vocale atteint les mêmes sommets. Gaëlle Arquez, mezzo au timbre ravageur et à l’aigu éclatant, incarne un page Isolier à la sensualité débordante. Toujours irrésistibles, et toujours précis, Jean-Sébastien Bou et Philippe Boleire son impayables en Gouverneur et en Raimbaud. Ève-Maud Hubeaux, pourtant annoncée souffrante, est une Dame Ragonde renversant, avec une ligne vocale impeccable. Elle incarnera Eboli dans Don Carlos (version française) à l’Opéra de Lyon en 2018.

On avait, il y a quelques années, énormément apprécié l’Orchestre des Champs-Elysées dans un Tancrède de Rossini alors dirigé par René Jacobs. L’ensemble sur instruments anciens réitère l’exploit ce soir, avec une dynamique et des colorations superbes : quels instruments à vent, quelle virtuosité des cordes ! L’orchestre est emmené par un Louis Langrée très inspiré, qui a su conduire une exécution musicale d’ensemble absolument irréprochable tout en ménageant ses effets (accélérations, variations de nuances). Enfin, palme d’or à l’unanimité pour le chœur Les Éléments, dont chacune des interventions est à saluer : clarté de chaque partie, investissement scénique.

Ce Comte Ory sera donné jusqu’au 31 décembre à l’Opéra Comique, puis repris pour deux dates à l’Opéra Royal de Versailles en janvier 2018. Inutile de dire que l’on tient là LE spectacle de l’année, et que l’on vous recommande de toute urgence de réserver une place … voire de passer votre soirée de réveillon à l’Opéra Comique !

Le spectacle sera également retransmis en direct sur Culturebox le 29 décembre 2017 à 20h, et le 21 janvier 2018 sur France Musique.

 

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