menu

recent

Contact

Une Flûte enchantée de toute beauté à l’Opéra Bastille

Shares

Note : cet article a été initialement publié sur le site ilteneromomento.com

Mozart – La Flûte enchantée
Paris, Opéra Bastille, 11/03/2014

Quelle bonne surprise ! C’est en effet peu de dire que nous allions à reculons voir cette Flûte enchantée. Le désastre des Noces de Figaro présentées ici même en 2010, avec le même chef, n’avaient pas découragé l’ONP, qui persistait à vouloir donner un opéra de Mozart dans l’immense vaisseau qu’est l’Opéra Bastille. La Flûte enchantée, comme la majorité des œuvres lyriques de Mozart – opéras serias de l’adolescence exceptés – a été créée dans une salle de dimension modeste (devenue depuis l’actuel Theater an der Wien), et par des interprètes qui n’avaient probablement pas la projection de chanteurs wagnériens. Il semble donc a priori complètement aberrant, et suicidaire pour les chanteurs, de représenter Mozart à l’Opéra Bastille, mais hélas l’ONP a besoin de remplir ses caisses et Mozart reste très bankable. Aurait-on l’idée de jouer Haendel – dont les œuvres furent pourtant créées par des orchestres bien plus fournis et dans des théâtres nettement plus importants – à l’Opéra Bastille ?

Avouons pourtant que notre mauvaise humeur de principe et nos craintes n’étaient qu’en partie fondées. D’une part, grâce à Robert Carsen et à une excellente distribution, l’immensité de Bastille n’est finalement pas si gênante. Certes, les chanteurs sont obligés de tout donner et c’est probablement Sabine Devieilhe qui en fait le plus les frais. La soprano française, peut-être un peu tendue pour le soir de ses débuts dans la salle, apparaît en effet d’un format un peu léger, et ne marque pas autant le rôle qu’on l’aurait espéré. Pourtant, la prestation est techniquement sidérante de précision : il n’y a qu’à écouter les vocalises de « Der Hölle Rache », avec ces montées au contre-fa alternées forte et pianissimo, la grande classe ! Nul doute que Devieilhe, une fois les premières représentations passées, convaincra pleinement. Quant à Philippe Jordan, il est indéniable que la Flûte lui convient cent fois mieux que les Noces. A la tête d’un orchestre allégé (dans lequel on jurerait entendre des trompettes et timbales « à l’ancienne »!), il dirige avec beaucoup plus de punch et de rythme que d’habitude. L’attention portée aux chanteurs est très appréciable, et le travail sur l’articulation et les tempi constituent une bonne surprise. Pourtant, la direction n’est pas toujours de ce niveau : les passages les plus lents peinent à avancer, et, à certains moments (airs de Sarastro, début du 2e acte), la direction de Philippe Jordan retrouve son côté le plus archaïque.

Si cette Flûte enchantée nous apparaît ce soir si réussie, c’est grâce à une distribution en tout point étincelante. En Tamino, Pavol Breslik réussit à alléger une voix habituée à des emplois plus lourds, son timbre est magnifique. Le Papageno de Daniel Schmutzhard est subjuguant de bout en bout, de facilité, de naturel (quels dialogues parlés!), sans jamais tomber dans la caricature. En Sarastro, Franz Josef Selig a du coffre et de la présence, avec une voix toutefois un rien fatiguée. Tous les seconds rôles sont impeccablement tenus – à commencer par un éblouissant trio de garçons issu de l’Aurelius Sängerknaben Calw – mais on réservera la plus haute marche du podium à la rayonnante Julia Kleiter. En Pamina, grâce à une projection parfaite et une musicalité à toute épreuve, elle inonde l’opéra Bastille de fraîcheur et de sensualité. Chacune de ses interventions est à se pâmer, jusqu’à un « Tamino mein » à faire pleurer les pierres.

Robert Carsen a été ce soir très applaudi : le fait est assez rare pour être souligné, tant le public parisien n’aime rien moins que de taquiner les metteurs en scène les soirs de première. La proposition de Carsen, apparemment très retravaillée depuis sa création il y a un an à Baden Baden, n’appelle que des louanges, même si elle ne prend véritablement son envol qu’au 2e acte. L’orchestre est intégré dans le plateau, comme dans un tombeau, et entouré d’une pelouse. La végétation, la forêt symbolisent le monde des vivants, par opposition à des décors plus sombres représentant la mort. L’utilisation habile de la vidéo (Martin Eidenberger) et une très belle scénographie réussissent à maintenir constamment l’attention, offrant de superbes images comme cette succession des saisons ou le vol des oiseaux charmés par la flûte de Tamino. Si certains points de vue sont discutables – par exemple, la Reine de la Nuit est une alliée de Sarastro -, ils apportent une véritable nouveauté, et ne sont jamais gênants pour la compréhension de l’œuvre. Au final, une vision très poétique de la Flûte enchantée, toute en finesse, c’est assez pour recommander chaudement cette Flûte enchantée !

enquête revopera



"Des occasionnels aux aficionados, le public de la musique classique : 9 millions de personnes en France"
Retrouvez tous les résultats de l'enquête Revopéra !

facebook

Facebook Pagelike Widget

twitter

Top