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Faust est ressuscité !

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Gounod – Faust
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 14 juin 2018

Photo : Richard Boll / BenjaminBernheim.com

A l’occasion du 6e Festival Palazzetto Bru Zane Paris, le Théâtre des Champs-Elysées proposait hier soir une version inédite du Faust de Gounod, dans sa partition initiale de 1859. Les principales modifications par rapport au Faust « habituel » résident dans l’introduction de dialogues parlés, très bien rendus grâce à l’impeccable diction des chanteurs, qui apportent une certaine fraîcheur et donnent une stature nouvelle aux personnages de Wagner ou de Dame Marthe (impayable Ingrid Perruche). Sur le plan musical, outre quelques remplacements (premier air de Méphisto, second air de Siebel) ou suppressions (le célèbre « Avant de quitter ces lieux » de Valentin), cette version modifiée propose en outre l’ajout de plusieurs mélodrames instrumentaux (orchestrés spécialement pour cette reconstitution).

Peut-être plus encore que cette refonte de la partition, c’est l’exécution sur instruments d’époque qui permet de renouveler complètement notre vision de Faust. Les équilibres sonores sont revus (superbes accompagnements des cordes), les chanteurs ne sont plus écrasés sous le poids de l’orchestre (le fameux « Air des bijoux » de Marguerite semble enfin revivre), les contrastes sont démultipliés (scènes de foule, fanfares). Le chef Christophe Rousset, très inattendu dans ce répertoire, a mené un passionnant travail de relecture, pour un résultat spectaculaire. Très investis et virtuoses à souhait, les instrumentistes des Talens Lyriques sont pour beaucoup dans cette réussite d’ensemble, tout comme le Chœur de la Radio Flamande, précis et engagé.

Dans le rôle-titre, Benjamin Bernheim éblouit de bout en bout : l’excellence de la diction n’a d’égale que le superbe du timbre et la délicatesse du phrasé. Bouleversant dans « Salut! demeure chaste et pure », le ténor français délivre un portrait passionnant de Faust, sa voix se mariant en outre à la perfection avec les couleurs « baroques » de l’orchestre. On guettera avec impatience ses débuts dans les Contes d’Hoffmann en septembre prochain, avec les instruments d’époque des Musiciens du Louvre dirigés par Marc Minkowski.

De sa fréquentation du répertoire baroque français, Véronique Gens a appris la noblesse de la diction et la clarté de l’émission, qu’elle met au service d’une Marguerite digne et noble. Irrésistible dans les dialogues parlés, Andrew Foster-Williams est un Méphisto diabolique à souhait et musicalement superbe. Le reste de la distribution est superlatif, du vaillant Valentin de Jean-Sébastien Bou au Sibel pétillant de Juliette Mars.

Une soirée mémorable, qui couronne un passionnant travail musicologique, et dont on gardera heureusement trace, puisque ce Faust revisité a été enregistré en disque pour une parution prévue en 2019.

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