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Entretien avec … Ottavio Dantone

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Claveciniste, organiste et chef de l’ensemble Accademia Bizantina, Ottavio Dantone occupe maintenant une place de choix parmi les spécialistes de la musique baroque. Alors qu’il vient de publier un magnifique enregistrement du Giustino de Vivaldi, il nous parle de son parcours et de ses nombreux projets à venir !

À quel moment avez-vous choisi d’étudier la musique, puis d’en faire votre métier ?

J’ai appris à jouer du piano, puis à lire et écrire la musique tout seul, vers l’âge de 4-5 ans, après que mes parents m’ont offert un petit clavier en jouet. À 9 ans j’ai eu mon premier professeur d’orgue, alors que j’étais chanteur dans le chœur d’enfants du Duomo de Milan. À 13 ans, j’ai dû choisir entre être joueur de foot et étudier dans l’école du Milan AC, ou bien entrer au conservatoire. C’est à ce moment que j’ai décidé d’être musicien. Le choix n’était pas facile parce que ma famille n’avait pas de traditions musicales. Mais tout s’est bien passé.

Vous avez d’abord étudié le clavecin et l’orgue. Comment et pourquoi avez-vous choisi de créer votre ensemble Accademia Bizantina ?

L’Accademia Bizantina existait déjà depuis 1983 comme orchestre de chambre sur instruments modernes. En 1989, j’ai commencé à collaborer avec eux comme claveciniste. En 1996, ils m’ont nommé directeur musical et à ce moment nous avons décidé d’utiliser des instruments anciens originaux. Mais la chose la plus importante était d’arriver à obtenir un langage cohérent et personnel à la fois. J’ai donc guidé le groupe dans l’étude du style et surtout de la rhétorique afin d’atteindre un niveau de qualité et une pensée commune nécessaires pour pouvoir s’exprimer de manière claire et communicative.

Vous avez enregistré plusieurs opéras de Vivaldi. Etait-il important de faire connaître cette facette méconnue du compositeur ?

Vivaldi est connu du grand public surtout pour sa production de musique instrumentale ou pour ses œuvres sacrées comme le Gloria ou le Magnificat. À l’époque moderne, ses opéras ont été considérés comme moins intéressants et de fait peu exécutés ou représentés sur scène. Je pense que la Vivaldi Edition, grâce à Naïve, a contribué avec ses enregistrements discographiques à faire connaître cet aspect du compositeur vénitien. Pour ma part, l’étude de ces opéras m’a révélé non seulement une qualité musicale absolue mais également un intérêt et une efficacité dramaturgique indiscutables. J’ai eu la possibilité d’exécuter en concert mais aussi sur scène des œuvres telles que Tito Manlio, l’Incoronazione di Dario, La verità in cimento et dernièrement ll Giustino, et le public a toujours réagi avec un incroyable enthousiasme. Ceci est la meilleure preuve que Vivaldi doit certainement être considéré comme l’un des compositeurs d’opéra majeurs du XVIIIe siècle.

Pensez-vous qu’il soit temps de faire découvrir d’autres compositeurs baroques, tels que Leo ou Porpora ? 

Il y a encore beaucoup d’auteurs qui n’ont pas encore été redécouverts comme ils le mériteraient. Parmi ceux-là on trouve certainement Leo et Porpora, mais il y a aussi des compositeurs comme Caldara ou Jommelli qui ne sont pas suffisamment proposés au public. Sans parler de deux auteurs fondamentaux comme Alessandro Scarlatti et Pergolesi. J’aurais très envie d’étudier et exécuter des œuvres de tous ces auteurs mais on ne peut pas tout faire. J’ai quelques projets en tête mais je n’en parle pas maintenant car ils ne sont pas encore officiels.

Si la musique baroque vous occupe beaucoup, vous avez également joué et enregistré Haydn. Aimeriez-vous présenter certains de ses opéras, qui restent peu représentés ?

Je n’ai pas d’opéras de Haydn au programme mais cet auteur mériterait certainement d’être plus connu pour sa production opératique. Pour le moment, je suis heureux d’avoir souvent l’occasion d’exécuter ses merveilleuses symphonies.

Parmi les projets annoncé sur votre site internet figure une intégrale des Symphonies de Mendelssohn. Est-ce un répertoire vers lequel vous souhaitez vous orienter au cours des prochaines années ?

Avec l’Accademia Bizantina, nous avons un projet que nous avons appelé « Revolution ». Il s’agit d’un parcours discographique et de concerts qui nous amènera à atteindre les Symphonies de Schumann et Mendelssohn grâce à un cheminement de prise de conscience historique et esthétique. Nous commencerons avec les fils de Bach avec l’enregistrement de 3 disques de Carl Philipp Emanuel. Il y aura ensuite Schubert et d’autres encore.

Pouvez-vous nous parler de vos projets pour les saisons à venir ?

Il y a beaucoup de projets. Je n’en citerai que quelques-uns: comme chef d’orchestre invité je ferai les Noces de Figaro et Così fan tutte à Zürich puis Cenerentola à Munich, Alcina et le Barbier de Séville à Dresde, en plus de concerts symphoniques avec l’Orchestre National de France, la Filarmonica della Scala et l’Orchestre de la Rai di Torino. Avec l’Accademia Bizantina, Serse de Haendel dans plusieurs théâtres italiens et au festival de Beaune, la Dori de Cesti au festival d’Innsbruck, puis l’enregistrement de Bajazet de Vivaldi, mis en scène ensuite à Ravenne et dans divers théâtres, Agrippina de Haendel à Amsterdam et de nombreux concerts, aussi bien instrumentaux que vocaux, souvent avec ma chanteuse préférée (qui est aussi ma femme!), Delphine Galou, mais aussi un nouvel enregistrement avec notre ami de longue date, Andreas Scholl, et encore beaucoup d’autres choses…

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?

J’ai déjà eu la chance de collaborer avec des chanteurs et metteurs en scène importants et de haut niveau. Je n’ai pas de désirs particuliers. J’aime connaître des artistes toujours nouveaux et particulièrement travailler avec les jeunes qui sont notre futur.

Est-il difficile de mener à bien vos projets en Italie, ou le baroque occupe une place relativement faible, notamment dans la programmation des maisons d’opéra ?

Je dois dire que ces dernières années, en Italie, il y a un intérêt grandissant pour l’opéra baroque. On peut certainement faire plus mais les grands et petits théâtres commencent à programmer de plus en plus souvent le répertoire du XVIIIe siècle. Il y a de bons signes : La Scala a créé un Orchestre avec instruments anciens et mon activité avec l’Accademia Bizantina a porté et présentera dans le futur des opéras de Haendel, Vivaldi et autres au public italien.

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