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Don Giovanni à Aix : le triomphe du chant

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Mozart – Don Giovanni
Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché, 13 juillet 2017

Pour la huitième ( !) production de Don Giovanni de son histoire, le Festival d’Aix a souhaité mettre en avant une nouvelle génération de chanteurs, et grand bien lui en a pris. Tout au long de cette représentation, c’est en effet avant tout grâce à une très belle distribution, que le chef d’œuvre de Mozart a retenu l’attention du public aixois.

Dans le rôle titre, Philippe Sly donne tout, physiquement et vocalement, jusqu’à terminer la représentation quasi-nu tel un Christ crucifié. Ce personnage de Don Giovanni chorégraphié à l’extrême et presque désarticulé, manque certes parfois de puissance vocale, l’interprète ayant été annoncé souffrant depuis le début des représentations. La voix chaude et les graves profonds de Nahuel di Pierro font merveille en Leporello. Eleanora Buratto est une Donna Anna majestueuse et émouvante, dont le très beau maquillage souligne la tristesse du personnage. Elle possède des moyens vocaux impressionnants et, en fin de représentation, ne montre par exemple aucun signe de fatigue dans les terrifiantes coloratures de son aria « Non mi dir ». Pavol Breslik, dont le Don Ottavio est, une fois n’est pas coutume, mis en avant par la mise en scène, est ce soir éblouissant : beauté du timbre, somptuosité des pianissimi. Son « Il mio tesero » a constitué l’un des grands moments de la soirée. Isabelle Leonard est une Donna Elvira vibrante, impeccable techniquement et très à l’aise dans la tessiture du rôle. Et que dire enfin de Julie Fuchs qui n’ait déjà été souligné : fraicheur, sensualité, attention portée à la moindre note du rôle, avec un naturel toujours stupéfiant. C’est bien simple : jamais depuis Lucia Popp ou Barbara Bonney, une soprano n’a incarné le rôle de Zerlina avec une telle évidence. Le chœur des English Voices, déjà présent dans la production Tcherniakov en 2010, est une nouvelle fois épatant.

La mise en scène de Jean-François Sivadier n’étonnera pas les fidèles du metteur en scène : plateau incliné et décors discrets, théâtre dans le théâtre, déambulation des protagonistes avant le début de la représentation, etc. A son actif, un très belle impression visuelle et une direction d’acteurs extrêmement fouillée, très respectueuse de l’œuvre et en particulier de ses récitatifs. Si la mise en scène présente quelques belles trouvailles (comme par exemple le rôle donné à la camériste de Donna Elvira), elle échoue dans certains moments clés de l’œuvre : rarement la scène du Commandeur n’aura, par exemple, paru si peu effrayante et la scène de Donna Anna du 1er acte (réalisant que Don Giovanni est le meurtrier de son père) si peu empreinte de tragique.

Précise et subtile à souhait, la direction de Jérémie Rhorer souligne les moindres détails et les innombrables richesses de la partition. Quel soin donné aux équilibres sonores, aux changements de rythmes, et quelle attention apportée aux chanteurs ! On regrettera toutefois un manque de théâtralité et d’ampleur, peut-être amplifié par la relative sécheresse du son des musiciens du Cercle de l’Harmonie. Impossible pour cette œuvre et dans ce Théâtre de l’Archevêché, ne pas regretter les sonorités pulpeuses et l’ébouriffante virtuosité du Freiburger Barockorchester présents dans la fosse en 2010. Enfin, mais c’est une question de goût, on regrettera la relative discrétion du pianoforte (dans les récitatifs accompagnés par exemple), ou encore l’absence totale d’ornementation chez les chanteurs.

Note : ce spectacle est disponible gratuitement en vidéo sur Culturebox.

© Photos : Festival d’Aix-en-Provence.

 

 

 

 

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