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Deux reines pour Don Carlo à l’Opéra Bastille

Deux reines pour Don Carlo à l’Opéra Bastille

Verdi – Don Carlo
Paris, Opéra Bastille, 25 octobre 2019

Créée en 2017, la nouvelle production de Don Carlos (version française) de Verdi avait surtout séduit par sa distribution, avec notamment les débuts respectifs de Sonya Yoncheva et d’Elīna Garanča en Elisabeth de Valois et en Eboli. Pour cette reprise, l’oeuvre est cette fois donnée en italien, dans la version de Naples en cinq actes.

Nous ne reviendrons pas en détail sur la mise en scène insignifiante de Krzysztof Warlikowski, peu modifiée par le changement de version de l’œuvre. Elle montre une succession de scènes aux airs de déjà vu (personnages qui fument, canapés chic et tenues glamour), sans réel fil conducteur et laissant souvent les personnages sur une immense scène vide. C’est au final une proposition très consensuelle, très chic, qui donne de belles photos pour illustrer le spectacle. Du chef d’oeuvre de Verdi on attend beaucoup plus : du frisson, de la terreur, du spectaculaire.

Une fois de plus à l’Opéra de Paris, le plateau vocal sauve la mise. La soirée avait bien démarré pour Roberto Alagna qui semblait en grande forme lors des deux premiers actes, malgré quelques tensions dans l’aigu. Au lever de rideau du 3e acte, une annonce est malheureusement faite : Alagna, dans un état grippal, ne peut continuer la représentation. Il est remplacé au pied levé par Sergio Escobar, qui a tenu les trois derniers actes avec beaucoup de courage, mais sans réellement convaincre.

Aleksandra Kursak et Anita Rachvelishvili : deux reines à Bastille

En Elisabetta di Valois, Aleksandra Kurzak aborde probablement le rôle le plus lourd de sa carrière. Elle y est époustouflante : la voix est toujours aussi pure qu’au début de sa carrière, tout ayant gagné en puissance et en résonance dans le grave. Kurzak donne ce soir une leçon de chant : la ligne est superbe, les aigus radieux. Elle traverse le 5e acte dans un état de grâce qui laisse le spectateur bouleversé. Kurzak prend la digne relève d’Anja Harteros dans le rôle.

La prise de rôle d’Anita Rachvelishvili en Eboli est spectaculaire et la chanteuse remporte un triomphe mérité aux saluts. La voix est splendide de timbre, de projection et la cantatrice réussit à l’alléger sans problème (voire la partie centrale de « O Don fatal »). On a peine à croire que Rachvelishvili chantait ce soir pour la première fois le rôle sur une scène d’opéra. On a beau chercher : impossible de trouver une incarnation d’un tel niveau dans le rôle depuis des années.

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René Pape est sans doute l’un des plus grands titulaires du rôle du roi Filippo II. Il est ce soir, une fois de plus, magistral. La voix remplit l’Opéra Bastille et l’incarnation, autoritaire et fragile à la fois, est magistrale. En Rodrigo, Étienne Dupuis complète ce beau plateau vocal avec une voix d’un bel éclat. Si le grand Inquisiteur de Vitalij Kowaljow peut paraître un peu léger pour le rôle, les seconds rôles brillent, avec notamment Julien Dran en Conte di Lerma et Eve-Maud Hubeaux en Tebaldo. On espère voir cette dernière rapidement sur une scène française en Eboli, rôle qu’elle a abordé à l’Opéra de Lyon.

La direction de Fabio Luisi, très professionnelle, donne un beau relief à l’oeuvre. On admire notamment de très beaux contrastes entre les scènes les plus spectaculaires et des moments intimistes très réussis (superbe début de 5e acte).


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