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Teodor Currentzis dirige la trilogie Mozart/Da Ponte : un cycle historique à Lucerne

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Mozart – Don Giovanni / Cosi fan tutte
Lucerne, KKL Concert Hall, 14 et 15 septembre 2019

Photos : ©Festival de Lucerne

Le lendemain d’un récital mémorable avec Cecilia Bartoli, Teodor Currentzis propose deux concerts concluant la tournée Mozart-Da Ponte qu’il donne depuis le début du mois de septembre avec son ensemble musicAeterna. Un cycle à marquer d’une pierre blanche, tant par le niveau de l’interprétation que par l’intensité des représentations. Jamais en effet depuis très longtemps, Mozart n’a sonné si jeune, si actuel, si génial. Le public ne s’y est pas trompé, accueillant de façon triomphale Currentzis et les siens.

La direction du chef gréco-russe sidère car elle magnifie tous les instants, quels que soient leur caractère, du seria au buffo, des passages intimistes aux grandes masses chorales ou orchestrales. Quelques exemples dans Don Giovanni : l’incandescence du récitatif accompagné et l’air de Donna Anna au 1er acte, le rythme haletant du 1er final, les sonorités baroquisantes/hispanisantes de la sérénade du 2e acte. Dans Cosi, les quintettes du 1er acte, réglés au millimètre et chantés ultra sotto voce sont à se damner, alors que les scènes comiques vous font presque pleurer de rire.

Mais la richesse du propos ne se résume pas à l’addition de détails, aussi géniaux soient-ils. Ainsi, si ces représentations ont été aussi spectaculaires, c’est que, même en version de concert, le théâtre y est toujours en première ligne. La direction de Currentzis semble en sens influencée par celle de René Jacobs, qui fut le premier à aller aussi loin dans Mozart. Les récitatifs coulent de source et les enchaînements sont étonnants (cette cadence du pianoforte avant « Fin ch’han dal vino » !).

Pour mener à bien ce projet, Teodor Currentzis réunit une formidable troupe de chanteurs, tous plus investis les uns que les autres. Les accompagnant dans le moindre phrasé, le chef obtient le meilleur d’eux, et ces représentations auront ainsi révélé de merveilleux talents. Chantant à moins de vingt-quatre d’heures d’intervalle Donna Anna et Fiordiligi, Nadezhda Pavlova brille par une virtuosité exceptionnelle (quelles cadences dans les arias !). En Guglielmo et Ferrando, Konstantin Suchkov et Mingjie Lei sont formidables … mais tous seraient à citer ! Seule superstar de ce cycle, Cecilia Bartoli revient au rôle de Despina, plus de vingt ans après l’avoir chanté au Metropolitan Opera de New York. Elle y est drôlissime, pétillante, se fondant parfaitement dans l’équipe de Cosi.

Quant à l’ensemble musicAeterna, on ne sait comment ils ont pu enchaîner ainsi quatre représentations successives, tant leur investissement est de tous les instants. Il faut ainsi voir ce pupitre des violoncelles soulevant littéralement leurs instruments, ou tapant sur leur archet. Les cordes virevoltent, les bois enchantent, le niveau technique est superlatif. Emmenés un premier violon (Afanasy Chupin) inspiré et un continuo débordant d’imagination (Israel Golani au luth et à la guitare, Maria Shabashova au pianoforte), musicAeterna semble posséder des ressources inépuisables.

Un cycle historique donc. Teodor Currentzis retrouvera Mozart en 2020 au Festival de Salzbourg. En espérant que la résidence prévue avec le Théâtre du Châtelet emmène un jour ces merveilles à Paris.

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