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Cecilia Bartoli et Teodor Currentzis subliment Mozart à Lucerne

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Récital Mozart
Cecilia Bartoli, musicAeterna, Teodor Currentzis
Lucerne, KKL Concert Hall, 13 septembre 2019

Il est des rencontres entre artistes dont on rêve secrètement et qui, par miracle, se produisent un jour. Lorsque nous avions assisté au concert Beethoven dirigé en 2017 par Teodor Currentzis au Festival de Salzbourg, nous avions pu voir Cecilia Bartoli se diriger vers les loges pour aller féliciter le chef. La mezzo italienne aux multiples disques d’or et le bouillonnant maestro gréco-russe allaient-ils un jour travailler ensemble ? C’est le Festival de Lucerne qui a décroché le gros lot, proposant pour cette clôture de son édition 2019, deux rencontres entre les artistes.

Premier round ce soir dans lequel Bartoli revient, pour la première fois depuis longtemps, intégralement à Mozart. Un concert d’une intensité assez étonnante, qui contraste avec les récitals en solo de la mezzo italienne. En effet, Cecilia Bartoli est ce soir entièrement aux commandes de Teodor Currentzis : elle le regarde constamment, elle suit ses tempi, elle répond à ses désirs en termes de tempo, de phrasé. Il n’y qu’à l’observer lorsqu’elle jette un coup d’oeil fier, et presqu’enfantin au chef, alors qu’elle vient de réussir une ornementation assez compliquée, probablement à sa demande.

Teodor Currentzis emmène ce soir Mozart et Cecilia Bartoli sur des cimes, alternant dynamisme, violence presque (terrifiant Kyrie K.341 d’ouverture), à des moments d’émotion et d’introspection absolument incroyables (récitatifs accompagnés, cadences). Plusieurs fois les larmes viendront à l’oeil de Cecilia Bartoli (« Deh per questo istante solo » dans La Clemenza di Tito, duo de Cosi fan tutte), mais également des nôtres.

Bartoli fait ce soir son entrée, dans un habit masculin XVIIIe siècle, tel un castrat, sur un extrait de Davide Penitente (musique du Kyrie de la Grande Messe en ut). En première partie, elle sera ensuite impériale dans les deux arias de Sesto extraits de la Clemenza di Tito. Son dialogue avec la clarinette solo dans « Parto, parto, ma tu ben mio » atteint ainsi des sommets d’émotion.

En début de deuxième partie du concert, elle bouleverse en Donna Elvira de Don Giovanni : quelle intensité dans le récitatif accompagné précédant « Mi tradi » ! On retrouve ensuite la mezzo italienne dans le rôle de Fiordiligi. Dans le duo avec Ferrando du deuxième acte, elle est impériale aux côtés du jeune ténor Mingjie Lei ; rappelons qu’elle incarnera Despina dans deux jours dans cette même salle !

Moment grandiose enfin que cet aria avec pianoforte obligé « Ch’io mi scordi di te … Non temer, amato bene », où l’on retrouve Maria Shabashova et Cecilia Bartoli dans un bouleversant duo voix/clavier : il n’y avait qu’à regarder Bartoli chanter « Tu sospiri? » pour chavirer définitivement. Un seul rappel (Alleluia de l’Exultate, jubilate), malgré l’accueil triomphal du public de Lucerne.

La réussite du concert vient beaucoup des qualités exceptionnelles de l’ensemble musicAeterna. Le choeur, d’une clarté incroyable, est ce soir mis en valeur par l’acoustique cristalline du KKL de Lucerne : quelle beauté que ce Kyrie (K.341) qui ouvre le concert ! L’orchestre impressionne quant à lui par la virtuosité de ses musiciens et leur engagement (fantastiques ouvertures de Don Giovanni, de Cosi fan tutte et la Clemenza di Tito). En particulier, Maria Shabashova, qui assure le continuo au pianoforte, déborde d’inventivité et de folie, parsemant les morceaux d’arpèges et de gammes irrésistibles.

Ce soir Cecilia Bartoli et Teodor Currentzis, visiblement assez impressionnés l’un par l’autre, et tous les artistes de musicaAeterna semblent conscients de vivre un moment assez unique dans leur carrière. Concert historique, les artistes nous doivent maintenant un disque !

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