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15 juin, 2018

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À l’Opéra de Paris, la Bohème gâchée par une mise en scène ridicule

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Puccini – La Bohème
Paris, Opéra Bastille, 1er décembre 2017

Pour cette nouvelle Bohème qui succède à la production de Jonathan Miller, reprise plus de dix fois depuis sa création en 1995, l’Opéra national de Paris a décidé de faire appel à Claus Guth. Le metteur en scène allemand fait le pari risqué, mais hélas si convenu, de la transposition complète.

Les protagonistes sont ainsi télétransportés dans une station spatiale, puis sur la lune (?), dans un décor bien loin de la joyeuse vie de bohème propice aux arts et aux jeunes amours. Ils se remémorent, comme perdus dans un rêve ou un délire, les belles heures de leur jeunesse, dans une atmosphère glaciale et impersonnelle, où toute trace d’humanité a disparu. Tel est du moins ce que le spectateur lambda, que nous avons la prétention d’être, peut comprendre sans voir lu la note d’intention du metteur en scène, dont on ne doute pas de la sagacité ni de la grande intelligence.

Après quelques minutes, la mise en scène devient totalement illisible : Mimi a un double et meurt dès le 2e tableau, des personnages resurgissent du passé pour se mêler aux astronautes, un mime débarque pour commenter et faire progresser l’action. En outre, Claus Guth – qui ne fait décidément pas dans la finesse – commence chaque tableau par quelques minutes sans musique, qui nous ont semblé interminables, où défile un « journal de bord » (« Mimi va mal », « On n’a plus d’oxygène », etc.), qui déclenche un mélange d’hilarité et de consternation dans le public.

Qu’on nous entende bien : le problème n’est pas la retranscription – Damiano Michieletto avait réussi une fabuleuse Bohème contemporaine à Salzbourg il y a quelques années, mais le fait que Claus Guth supprime tout lyrisme et toute émotion. Les personnages défilent tels des pantins, tombent amoureux sans se voir, Guth fait comme si la musique n’existait plus et il est en outre impossible de se concentrer avec les rires et les interventions du public qui ponctuent chaque début de tableau. Au-delà du gâchis de ce soir, que va devenir cette médiocre production, qu’il sera probablement impossible de faire entrer au répertoire de l’Opéra de Paris ?

Magnifique direction de Gustavo Dudamel

Ce désastre scénique est d’autant plus rageant que, pour la première fois, Gustavo Dudamel était amené à diriger à l’Opéra de Paris. Le résultat a été tout simplement miraculeux, jamais on avait entendu jusqu’à ce jour l’Orchestre de l’Opéra sonner avec autant de beauté. Un miracle de sonorité (pianissimi, tapis de cordes), de nuances, de subtilité … exactement l’inverse de ce qui se passait sur scène. Au dernier acte, en fermant les yeux, on pouvait (presque) pleurer face à cette merveille de direction, accueillie, à juste titre, par un triomphe aux saluts. On espère retrouver le chef vénézuélien prochainement dans une autre production à Paris.

La distribution réunie est également d’excellente. Après son triomphe dans Don Carlos ici même il y a quelques semaines, Sonya Yoncheva est une Mimi superbe vocalement, bien qu’en légère difficulté (projection, aigus) au 1er tableau. Le ténor Atalla Ayan est un Rodolfo au timbre intéressant, à la ligne bien projetée, mais un peu en retrait face à Yoncheva. Aida Garifullina incarne une très belle et très sensible Musetta et Artur Rucinski est excellent en Marcello.

Une nouvelle fois, un metteur en scène s’est payé le luxe, avec un plateau musical royal, de gâcher une soirée lyrique, par pure prétention. Faudra-t-il que le public déserte les salles, au profit des versions de concert, pour que les directeurs de théâtres lyriques prennent enfin la mesure du problème ? A l’heure où l’on prétend multiplier les actions de démocratisation de l’accès à la culture, ce n’est sans doute pas avec ce genre de production, uniquement accessible à une minorité de connaisseurs, que l’on va renouveler le public de l’opéra.

En fermant les yeux, on pourra toutefois retourner voir cette Bohème, pour une deuxième distribution à partir de mi-décembre, avec Nicole Car en Mimi et le ténor Benjamin Bernheim en Rodolfo.

 

 

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