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Un Benvenuto Cellini survitaminé à l’Opéra Bastille

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Berlioz – Benvenuto Cellini
Paris, Opéra Bastille, 23 mars 2018

Après La Damnation de Faust en 2015, Béatrice et Bénédict en 2017, et avant Les Troyens en 2019, l’Opéra national poursuit son hommage à Berlioz. Ce Benvenuto Cellini mis en scène par Terry Gilliam est la reprise d’un spectacle créé avec grand succès à l’English National Opera de Londres en 2014. L’ex-Monty Python a voulu une production haute en couleurs et pétillante, et, dès l’ouverture, des confettis sont lâchés dans l’Opéra Bastille et des figurants investissent la salle, donnant le top départ d’une soirée survitaminée où jamais l’ennui ne guettera. C’est au final sans doute un critère de réussite, pour une oeuvre plutôt bancale et pas forcément très accessible.

Spectaculaire (vidéo, décors, multitude des figurants), la mise en scène de Terry Gilliam est un régal pour l’oeil et fait la part belle au côté comique de Benvenuto Cellini. Les scènes de foule ou avec choeur (grande fête du mardi gras ou scène dans la taverne par exemple) sont ainsi très réussies, même si parfois ce fourmillement de mouvement et de personnages s’avère un peu indigeste. Terry Gilliam s’avère moins convaincant, dès lors que l’action se ralentit ou dans les moments les plus intimistes.

Héroïque et valeureux, le Cellini de John Osborn est exceptionnel, le ténor américain se jouant des terrifiantes difficultés d’un rôle très aigu, avec un français et une projection irréprochables. Pretty Yende met ce soir un peu de temps à rentrer dans le personne de Teresa, mais, en deuxième partie, la splendeur et la chaleur de sa voix envahissent la salle. On attend cependant de la revoir dans des rôles plus directement adaptés à sa voix actuelle, ce sera le cas avec Norina de Don Pasquale et dans La Traviata au Palais Garnier en 2019. Michelle Losier, très applaudie, est un Ascanio scéniquement très crédible et vocalement irrésistible.

Pour le reste, il faut malheureusement fortement déchanter. Les seconds rôles sont quasiment tous incarnés par des chanteurs au français incompréhensible, et le reste de la distribution s’avère assez indigne d’une maison comme l’Opéra de Paris. En Balducci, Maurizio Muraro s’avère par exemple très décevant, son chant poussif tranchant avec l’excellence du trio de personnages principaux. Parmi la centaine de chanteurs prometteurs en France, n’était-il pas possible de trouver quelqu’un pour chanter les quelques répliques du Cabaretier ? Il est dommage que, dans un opéra donné à Paris, le public soit obligé de lire en permanence les surtitres dès qu’un personnage secondaire entre sur scène.

La direction de Philippe Jordan souligne la richesse et le beauté de l’orchestration de Berlioz, l’Ouverture est ainsi magnifiquement rendue. Pourtant, une fois de plus, le chef suisse peaufine les détails au détriment de la construction dramatique, et, à de nombreuses reprises, l’effervescence scénique se retrouve presque contredite par une fosse d’orchestre bien fade et qui n’avance pas. Mille bravos en revanche pour les Choeurs de l’Opéra de Paris, très sollicités et très investis, et à l’impeccable diction d’ensemble.

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