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Ariodante frôle le sans-faute à Salzbourg

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Haendel – Ariodante
Salzbourg, Haus für Mozart, 18 août 2017

Lorsque les premières photos de cette production ont été dévoilées à sa création au Festival de Pentecôte en juin dernier, beaucoup se sont demandés si Cecilia Bartoli, semblant être réincarnée en Conchita Wurst, n’était pas tombée sur la tête. Habituée aux héroïnes haendéliennes (Cleopatra ou Alcina notamment), la cantatrice romaine n’avait en effet jamais revêtu l’habit travesti sur scène depuis ses débuts en Cherubino dans les années 1990. Dès le début de la représentation, où l’entend Cecilia Bartoli lire des extraits de l’Orlando de Virginia Woolf, le ton est donné : cet Ariodante sera placé sous le sceau de l’ambivalence.

Ainsi, les nombreux ballets, restitués dans leur intégralités (la production dure près de 4h30), font intervenir des danseurs masculins travestis en danseuses, et la soirée voit petit à petit la transformation du chevalier Ariodante en femme, Bartoli perdant moustache et cuirasse pour finir habillée de la robe de sa tendre Ginevra. Comme pour l’Alcina à Zurich, le metteur en scène Christof Loy mêle avec bonheur costumes d’époque et habits modernes, rigueur baroque et sens de la dérision. La production est visuellement superbe, et toutes les facettes de l’opéra de Haendel sont ainsi habilement mises en valeur, sans qu’on ne souffre d’aucun temps mort. La mise en scène est ainsi très habile, et surtout très respectueuse de la partition de Haendel.

Dans la fosse, le chef italien Gianluca Capuano est une réjouissante révélation. Il dirige avec imagination et fougue les impeccables Musiciens du Prince – Monaco, ensemble fondé par Bartoli il y a deux ans. La tension dramatique ne retombe jamais et les sonorités sont superbes. On notera également de fréquentes ornementations de l’orchestre dans les da capo, comme cette belle reprise en pizzicato des cordes du « Mi palpita il core » de Ginevra au 2e acte.

Rôle exigeant, Ariodante permet une nouvelle fois à Cecilia Bartoli de briller, même si l’incarnation n’est pas aussi marquante que l’on aurait pu l’espérer. Le rôle est sans doute un peu trop grave pour elle et la projection fait parfois un peu défaut dans la vocalise. Mais le portrait est complet et l’intelligence musicale surnaturelle de la cantatrice évidemment toujours présente. En témoignent par exemple un frémissant « Scherza infida » livré sur le souffle, un renversant « Con l’ali di costanza » au 1er acte ou encore ce bouleversant début de 3e acte. Bartoli, contrairement à beaucoup de récents titulaires d’Ariodante, gère son timing et finit la représentation en pleine forme, avec un « Dopo notte », où elle traverse tranquillement les vocalises de l’aria, tout en fumant le cigare, déclenchant l’hilarité du public.

Pour rivaliser avec la Bartoli, il fallait une prima donna digne de ce nom, rappelons que c’est la créatrice du rôle d’Alcina qui incarna Ginevra à la première de l’œuvre en 1734. Kathryn Lewek, dont c’est le premier grand rôle baroque après d’innombrables Reine de la nuit, relève avec panache le défi. Elle montre des moyens impressionnants, de l’aisance dans la vocalise à l’impertinence de l’aigu (quelles incroyables vocalises jusqu’au contre-fa dans son 2e aria !). Lewek se révèle extrêmement touchante dans le 2e acte, tenant le public en haleine pendant plus de dix minutes pour son « Il mio crudel martoro ».

En grande forme et très applaudie, Sandrine Piau est une Dalinda piquante et émouvante. Elle est magnifique dans l’élégie (quels somptueux aigus !) et son impeccable style haendélien illumine la production. Quel bonheur de la retrouver ainsi, bien plus à l’aise dans le rôle de Dalinda qu’elle ne l’était il y a trois ans au Festival d’Aix. Dans le rôle de l’ingrat Polinesso, Christophe Dumaux est irrésistible de panache et de virtuosité ; la cruauté du personnage est ainsi parfaitement restituée. Le contre-ténor sera lui aussi très chaleureusement accueilli par le public, bravo à nos deux frenchies ! Nathan Berg est un roi d’Ecosse digne aux très beaux graves. Malheureusement, Rolando Villazón, à la peine, gâche un peu cette belle fête vocale, ne pouvant pas rendre justice à la difficulté du rôle de Lucarnio. Heureusement, il est bien soutenu par le chef (qui limite ses débordements) et reste très prudent (vocalises, aigus), ce qui limite la casse.

 

enquête revopera



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