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Marc Minkowski renouvelle le miracle Ariodante

Marc Minkowski renouvelle le miracle Ariodante

Haendel – Ariodante
Paris, Maison de la Radio – Auditorium, 26 novembre 2019

Plus de vingt ans après la parution d’un disque qui constitue le sommet absolu de la discographie haendélienne, le chef Marc Minkowski a choisi de revenir à Ariodante, pour une tournée en version de concert. En 2019, comme en 1997, c’est un véritable miracle qui se produit, le genre de soirée où l’on reste perché sur un nuage, et où l’on se dit qu’il est impossible de faire mieux.

Marc Minkowski connaît Haendel, et en particulier Ariodante, comme personne : il n’y qu’à le voir dès son entrée, refermant la partition posée sur son pupitre, avant d’amorcer l’ouverture. Pendant près de quatre heures, jamais la tension ne faiblit : la puissance émotionnelle, la tension dramatique vous prennent à la gorge, en ne vous laissant aucun répit. Minkowski accompagne, encourage, sublime ses chanteurs. Les Musiciens du Louvre, superlatifs, sont en effectif parfaitement adapté : parmi eux, 16 violons, 4 hautbois, 2 clavecins … et 3 bassons qui feront un miracle pendant le fameux « Scherza infida » du 2e acte.

Les débuts de Marianne Crebassa dans le rôle-titre sont spectaculaires. Très à l’aise scéniquement et dans la tessiture du rôle, la mezzo française se joue avec une aisance impressionnante des multiples difficultés du rôle. Acclamé comme il se doit à plusieurs reprise, Crebassa trouve avec Ariodante son plus beau rôle à ce jour.

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Le reste de la distribution ne déçoit pas, loin s’en faut. Ana Maria Labin, bouleversante, a tout de la grande prima donna haendélienne : stature, virtuosité et agilité (magnifique trille), attention portée au texte (superbes récitatifs accompagnés). Caroline Jestaedt incarne une délicieuse Dalinda, tour à tour piquante et émouvante, avec un aigu radieux. En Lucarnio, Valerio Contaldo est quant à lui renversant de virtuosité, avec un timbre magnifique. Le Polinesso de Yuriy Mynenko, très virtuose, nous laisse en revanche un peu sur notre faim, le caractère cruel du personnage ne ressortant pas assez.

Après ce magnifique concert, pourquoi ne pas proposer une Alcina avec la même équipe ? Ana Maria Labin, Marianne Crebassa, Valerio Contaldo et Caroline Jestaedt ne seraient-ils pas parfaits en Alcina, Ruggiero, Oronte et Morgana ? Peut-être que l’Opéra de Paris se décidera-t-il enfin à inviter – au moins dans Haendel ! – Marc Minkowski, probablement le plus grand chef d’orchestre en activité dans le pays ?

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