menu

recent

Contact

Une Alcina sublime au Théâtre des Champs-Elysées

Shares

Haendel – Alcina
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 14 mars 2018

Photos des représentations à Zurich en 2014 (Monika Rittershaus) et du TCE en 2018 (Vincent Pontet).

En 2014, à l’occasion d’une représentation de cette même Alcina à l’Opéra de Zurich, nous écrivions : « Alcina historique. A quand un tel monument à Paris ? » Quatre ans plus tard, et après une reprise en 2016 à Zurich, nos vœux ont été exaucés. Il faut une nouvelle fois remercier le Théâtre des Champs-Elysées qui, après Norma, accueille à nouveau Cecilia Bartoli dans un opéra en version scénique. Disons-le d’emblée : nous ressentons en 2018 comme en 2014 le même éblouissement, devant une production qui fera date, à tous les points de vue.

Le rôle de la magicienne Alcina, avec ses six arias qui figurent parmi les plus beaux jamais composés par Haendel, est sans aucune doute avec Norma le plus grand rôle de la déjà longue carrière de Cecilia Bartoli. Un rôle qui lui permet de montrer l’étendue inouïe de son talent et de bouleverser ce soir le public : à la fin du 2e acte, « Ah mio cor » et « Ombre pallide » sont ainsi déchirants. Et même si la projection n’est plus la même qu’il y a dix ans, rarement (jamais ?) nous n’avons vu un portrait haendélien si complet, si renversant. D’autres moments sont inoubliables, comme ce da capo en lamento du « Si, son quella » au 1er acte ou encore ce « Ma quando tornerai », air du 3e acte qui passe généralement inaperçu et que Bartoli transforme génialement en air de fureur, joignant le geste à la parole. Beaucoup de cantatrices se sont risquées à Alcina, aucune avant Cecilia Bartoli, sauf peut-être Arleen Auger, n’avait réussi un tel miracle.

Philippe Jaroussky, déjà présent en Ruggiero en 2016 à Zurich, succède à Malena Ernman que nous avions vue en 2014 et qui nous avait alors marqués par des prises de risques (vocales et scéniques) ahurissantes. Chez le contre-ténor, rien de tout cela : la ligne de champ est soignée et Jaroussky est vocalement irréprochable, de style, de virtuosité. Pourtant, mais c’est une affaire de goût, le contre-ténor français peine ce soir à nous transporter complètement, la voix manquant de couleurs dans les airs les plus émouvants, et d’un peu de panache dans le « Sta nell’incarna » du 3e acte. Les talents de performeuse de Malena Ernman, qui littéralement crevait l’écran en 2014, nous ont ce soir un rien manqué.

Remplaçant Julie Fuchs, souffrante mais qui jouait le rôle sur scène, la soprano Emöke Barath a interprété Morgana de la fosse d’orchestre. Une superbe prestation : timbre clair, agilité, et une performance à saluer car la soprano hongroise arrivait hier spécialement pour cette première. Avouons tout de même nos regrets inconsolables car Julie Fuchs était époustouflante à Zurich dans le rôle. Souhaitons-lui un promp rétablissement et de pouvoir participer aux trois prochaines représentations !

Varduhi Abrahamyan, de retour dans le baroque après plusieurs incursions dans Verdi en début de saison, incarne avec une grande classe Bradamante. La virtuosité est impeccable, et elle est alliée avec une féminité et un très belle présence sur scène, rafraîchissante et sincère.

Emmanuelle Haïm dirige pour la première fois Alcina, après l’avoir à plusieurs reprises accompagnée de son continuo dans les années 1990. A la tête d’un Concert d’Astrée des grands jours – moelleux et précision des cordes, excellence des soli, inventivité du continuo -, elle conduit les chanteurs avec force et sensibilité.

Pour sa troisième mise en scène d’AlcinaChristoph Loy signe une proposition inventive, respectueuse du texte et de la musique, toujours au service du drame et de l’émotion. Le 1er acte est « d’époque » et réserve de magnifiques chorégraphies baroques et de tout aussi resplendissants costumes. Au 2e acte, le charme de la magicienne est rompu et nous nous retrouvons dans les loges où Alcina et Morgana font face à leurs images vieillissantes. Le 3e acte se déroule dans les coulisses, et l’oeuvre se terminera sur une allégorie à la gloire de ce monde irréel qu’est l’opéra. Curiosité qui peut paraître incongrue mais qui fonctionne très bien sur scène : la présence d’un Cupidon septuagénaire qui suit les personnages, avec une bonne dose d’humour mais également une certaine cruauté. Ainsi, alors qu’elle entonne « Si, son quella, non piu bella », Alcina se retrouve face à son double incarné par ce Cupidon flétri, amer miroir qui lui est tendu à l’heure où s’immisce le doute.

De ce spectacle inoubliable, on regrettera seulement quelques coupes, et notamment la suppression du personnage d’Oberto, dont les trois arias sont pourtant superbes. Alcina historique donc … toujours ! A quand un disque ou un DVD pour immortaliser ce moment ? D’ici là, il reste trois dates aux Parisiens pour découvrir ce fabuleux spectacle au TCE.

enquête revopera



"Des occasionnels aux aficionados, le public de la musique classique : 9 millions de personnes en France"
Retrouvez tous les résultats de l'enquête Revopéra !

facebook

Facebook Pagelike Widget

twitter

Top