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La magie d’Alceste à Beaune

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Lully – Alceste, ou le triomphe d’Alcide
Beaune, Cour des Hospices, 14 juillet 2017

Composée à l’occasion des grandes fêtes de Versailles pour la reconquête de la Franche-Comté par Louis XIV, la tragédie lyrique Alceste ou le triomphe d’Alcide fut créée au théâtre du Palais Royal en 1674. Les répétitions eurent toutefois lieu à Versailles, à la demande de Louis XIV, dans les appartements de Madame de Montespan. Malgré une importante cabale – nombreux étaient les ennemis de Lully depuis son obtention du privilège de l’Opéra -, ce fut finalement un succès.

Représenter cette œuvre, même en version de concert, est un défi en soi. À la fois intimiste et monumental, l’opéra multiplie en effet les intrigues et les protagonistes sont nombreux (Alceste a trois prétendants !), à tel point qu’aucun personnage « principal » ne ressort réellement. Ce soir, en outre, pour d’évidentes raisons pratiques, la plupart des chanteurs interprètent différents rôles.

Et pourtant, dans le cadre magique de la cour des Hospices de Beaune, sous un climat rêvé, la magie d’Alceste a opéré pendant plus de trois heures, laissant un public subjugué par l’émotion. Le principal artisan de cette réussite est bien entendu Christophe Rousset. Le voir diriger est en soi un plaisir, tant il semble habité par une partition qu’il semble connaître par cœur. « Diriger » est d’ailleurs un bien faible mot puisque Rousset, ne tenant pas en place devant son clavecin au magnifique tabouret orné, alterne les signes aux musiciens, ou au chœur ou encore reprend sur le fil de son clavecin l’accompagnement d’un récitatif, tout en dialoguant avec le deuxième claveciniste !

Du très subtil continuo, aux belles sonorités des hautbois et flûtes, les musiciens des Talens Lyriques ont su ce soir magnifiquement rendre justice à la beauté orchestrale de l’œuvre. Peut-être, par pur hédonisme sonore, aurait-on aimé davantage de cordes, pour gagner en densité et puissance dans certains passages. Mettons tout en haut du podium, le chœur de Naumur, exceptionnel de clarté, d’engagement, à vous arracher des larmes dans le chœur funèbre de la mort d’Alceste, ou à vous tétaniser dans la scène des Enfers.

De la très belle distribution vocale, impossible de citer tout le monde. Judith van Wanroij est une Alceste d’une belle fragilité, dont la voix se marie à merveille avec celle d’Emiliano Gonzalez-Toro (Admète). Edwin Crossley-Mercer est un Alcide de belle prestance, confirmant son excellence dans ce répertoire. On relèvera enfin deux magnifiques prestations. D’une part, Enguerrand de Hys, que l’on avait découvert en 2014 dans le terrifiant rôle titre d’un Mitridate donné au Conservatoire de Paris. Ce jeune ténor, tenant probablement le record du nombre de rôles de la soirée, a montré un panache vocal et une diversité dans les incarnations stupéfiants. Enfin, avec sa très impressionnante voix de basse et un tragique superbe dans la déclamation, Douglas Williams a ébloui dans ses deux rôles, tour à tour machiavélique en Lycomède, puis impayable en Caron.

Laissons le mot de la fin à Madame de Sévigné qui, ayant assisté aux représentations d’Alceste, déclara : « L’opéra est un prodige de beauté ; il y a des endroits de la musique qui ont mérité mes larmes; Je ne suis pas seule à ne les pouvoir soutenir ».

Note : cette production a enregistrée pour le label Aparté, sortie prévue pour début 2018.

 

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